L’œillet

La star Cagnoise

Vers la fin des années 1870, les agriculteurs ne sont plus paysans, ni jardiniers, mais horticulteurs spécialisés et leur travail est devenu un art.

De Cagnes à tout l’arrière-pays, ces artistes modestes et inconnus transforment le sol, embellissent la terre et cultivent avec amour, des fleurs au parfum subtil.

La culture des œillets allait prendre un foudroyant départ mais elle imposait un dur labeur à ceux qui ont choisi d’en vivre. Laborieux sont ces Cagnois aux mains expertes qui des collines incultes ont fait ces odorantes terrasses de fleurs où les œillets sont prisonniers entre des cannes refendues.

Ces fleurs sont envoyées dans toute l’Europe. La qualité est la règle.

Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_003, DR.
Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_003, DR.
Au parfum poivré et ensoleillé, l’œillet préside à la vie du pays, à sa beauté. Extrait du journal l’Indépendant des Alpes-Maritimes et de la Côte d’Azur sur l’œillet de Cagnes (avril 1962). AM Cagnes, 281W330, DR.
Au parfum poivré et ensoleillé, l’œillet préside à la vie du pays, à sa beauté. Extrait du journal l’Indépendant des Alpes-Maritimes et de la Côte d’Azur sur l’œillet de Cagnes (avril 1962). AM Cagnes, 281W330, DR.
Champ d'œillets avec un puits et dans le fond une vue sur le bourg médiéval et le château. Fonds des musées municipaux, 1MUS0997, DR.
Champ d'œillets avec un puits et dans le fond une vue sur le bourg médiéval et le château. Fonds des musées municipaux, 1MUS0997, DR.

La majorité des œillets était envoyée pour approvisionner les parfumeries de Grasse.

L’œillet va devenir la culture prépondérante pour les horticulteurs cagnois, les collines sont couvertes de cette « fleur de Jupiter », comme la nommaient les Romains.

Cultivée en terrasses le long des vallons de la Cagne et du Malvan, elle donne à ce délicieux pays son charme et son parfum subtil et poivré.

Leur culture se faisait sous paillasson, que l’on roulait ou déroulait à certains moments de la journée, suivant le froid ou l’ensoleillement. On guettait les gelées hivernales ou printanières pour garantir la floraison délicate. Ce n’est que bien longtemps après que les horticulteurs commencèrent à construire des serres.

Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_010. DR.
Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_010. DR.
Cueillette des œillets. Fonds des musées municipaux, 1MUS0997, DR.
Cueillette des œillets. Fonds des musées municipaux, 1MUS0997, DR.
Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_008, DR.
Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_008, DR.

« En 1909, la compagnie PLM achemine un colis de fleurs de Nice vers Paris en 15 heures. Elle comprit vite le parti qu’elle pouvait tirer du développement du commerce de la fleur et permit aux colis des négociants de prendre place dans les fourgons de ses trains « éclairs ». Cette même année, trois trains journaliers emportent les fleurs et le train 3832 comprend 12 à 15 wagons remplis exclusivement de fleurs. ».

Lorsque la fleur est destinée au marché local, elle ne requiert aucune préparation particulière. En revanche, si elle doit être expédiée, on procède à son emballage. En 1930 déjà, le carton concurrence fortement le panier en canne de Provence (une fabrique était installée route de Verdun). Les fleurs qui ne sont pas destinées à être expédiées, ou le sont par l’intermédiaire d’un grossiste, sont vendues sur les marchés locaux.

Le train des fleurs fut créé le 22 mai 1901, il partait de Cagnes à 3 heures du matin. : une motrice et un fourgon aménagé de claies sur lesquelles pouvaient être déposées les fleurs sans être empilées. Il s’arrêtait en n’importe quel point de son parcours sur simple demande. Des 1932, des wagons frigorifiques furent mis en service. (1 BIB189 Mémoires en Images Tome 3- p.101 – Paule MONACELLI)

Locomotive à vapeur devant la gare de Cagnes en 1934. Cliché Albert Dubois, DR.
Locomotive à vapeur devant la gare de Cagnes en 1934. Cliché Albert Dubois, DR.
Transport des fleurs. La société d’horticulture demande au Maire que tous les trains s’arrêtent pour prendre en charge les colis de fleurs. Délibération du Conseil Municipal du 14 mai 1894. AM Cagnes, 1D9.
Transport des fleurs. La société d’horticulture demande au Maire que tous les trains s’arrêtent pour prendre en charge les colis de fleurs. Délibération du Conseil Municipal du 14 mai 1894. AM Cagnes, 1D9.
Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_012, DR.
Reportage sur la culture des œillets à Cagnes par Hélène Maywald (1946). Fonds des musées municipaux, 16MUS02_012, DR.

Après la seconde guerre mondiale, la vie reprit petit à petit et la culture des œillets avec. Premières fleurs de la région cagnoise, on pouvait la trouver aux Bréguieres, Caucours, Collettes, Hubac, Saint-Véran, Val fleuri et enfin au Vallon des Vaux.

Jusque dans les années 60, les collines étaient couvertes d’œillets à 95 %. Quand tout était fleuri, les collines éclataient de merveilleuses couleurs. C’était extraordinaire ! En juin, on ramassait les têtes d’œillets fleuris pour les envoyer aux parfumeries à Grasse. Le soir ; quelqu’un passait faire le ramassage. La récolte était pesée. Elle durait 15/20 jours. La cueillette des œillets se terminait après la fête des mères. (Le Cros-de-Cagnes « Au berceau de la mer » 1 BIB392 -.p.159 – Roselyne CHOMIKI)

Œillets américains sous serre, (1984), photo service communication, Ville de Cagnes-sur-Mer, DR. La fleur de l’œillet américain est plus grosse que celle des variétés niçoises et italiennes. Les pétales ne s’étalent pas et l’œillet garde plus longtemps l’aspect d’une fleur fraichement cueillie. De plus, la tige rigide ne nécessite pas de soutien en fil de fer.
Œillets américains sous serre, (1984), photo service communication, Ville de Cagnes-sur-Mer, DR. La fleur de l’œillet américain est plus grosse que celle des variétés niçoises et italiennes. Les pétales ne s’étalent pas et l’œillet garde plus longtemps l’aspect d’une fleur fraichement cueillie. De plus, la tige rigide ne nécessite pas de soutien en fil de fer.
Affiche de la Ville - Semaine internationale de l’œillet. 24 février au 3 mars 1968 Château-Musée, Cagnes-sur-Mer, sous l’égide du Comité officiel des fêtes de Cagnes-sur-Mer. Illustration d’un œillet sur le château. Imprimerie Zimermann, AM Cagnes, 01AFF0056.
Affiche de la Ville - Semaine internationale de l’œillet. 24 février au 3 mars 1968 Château-Musée, Cagnes-sur-Mer, sous l’égide du Comité officiel des fêtes de Cagnes-sur-Mer. Illustration d’un œillet sur le château. Imprimerie Zimermann, AM Cagnes, 01AFF0056.
Visite au Château Grimaldi de S.A.S la Princesse Grace de Monaco à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Internationale de l’œillet, le 24 février 1968. Baptême à cette occasion d’un œillet nommé Grace, en l’honneur de la Princesse de Monaco, Grace Kelly (Fonds des musées municipaux, 160W 1158. Photo Jacques Robert, DR).
Visite au Château Grimaldi de S.A.S la Princesse Grace de Monaco à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Internationale de l’œillet, le 24 février 1968. Baptême à cette occasion d’un œillet nommé Grace, en l’honneur de la Princesse de Monaco, Grace Kelly (Fonds des musées municipaux, 160W 1158. Photo Jacques Robert, DR).

La culture de l’œillet cohabita avec les plantations de mimosas avant de s’effacer peu à peu au profit de ce dernier.

Fleur nationale de l’Espagne, de la Slovénie mais aussi de Monaco où en 1959, un œillet a été baptisé Grace, prénom de S.A.S. la Princesse de Monaco (Grace Kelly), la signification de l’œillet s’est bâtie au fil de l’histoire grâce à des anecdotes ou des mythes et légendes.

Dans le langage des fleurs, l’œillet rouge symbolise l’amour pur et ardent, l’œillet d’Inde la séparation et l’œillet de poète l’admiration, tandis que le blanc symbolise la passion fidèle.