Le domaine des Collettes

Renoir (1841-1919) découvre la Côte d’Azur en décembre 1882, alors qu’il est en route pour l’Italie en compagnie d’Aline Charigot (1859 -1915), sa future épouse. Quinze ans plus tard, alors que pour des raisons de santé, il recherche la douceur des hivers méditerranéens, il découvre Cagnes, Grasse, Cannes, Le Cannet ou bien encore La Gaude. Il se fixe finalement à Cagnes. Il réside tout d’abord à l’hôtel Savournin (face à l’actuelle place De Gaulle), puis à la maison de la poste en 1903 (l’actuel Hôtel de Ville). Il parcourt les alentours et notamment le domaine des Collettes – une exploitation complantée d’oliviers multiséculaires, d’orangers et de pins parasols – à la recherche de motifs pour ses tableaux. Situé sur une colline de Cagnes, le domaine jouit d’un panorama exceptionnel, embrassant le village médiéval du Haut‐de‐Cagnes, la mer et le cap d’Antibes.

Conquis par la magie des lieux, Renoir  s’en porte l’acquéreur en 1907 afin de sauver les oliviers alors menacés d’abattage. En 1914, le domaine du peintre qui s’étend sur plus de 8 hectares se compose d’un jardin d’agrément et de terres destinées à l’exploitation. La récolte des olives, la cueillette des fleurs d’oranger, la culture de la vigne et le potager rythment la vie quotidienne. C’est d’ailleurs cette nature agricole et authentique qui séduit Renoir et qu’il se plaît à représenter dans ses tableaux. Aux côtés de la petite ferme déjà existante, il fait construire par l’architecte Niçois Jules Febvre (1859-1934) une vaste demeure qu’il habite jusqu’à sa mort en 1919.

Bien qu’affaibli physiquement, Renoir conserve une vitalité créatrice intacte et poursuit son œuvre. L’atmosphère qui règne aux Collettes est propice : l’artiste y réalise notamment les Grandes Baigneuses aujourd’hui conservées au musée d’Orsay. Parallèlement à son travail de peintre, il aborde la sculpture grâce à la collaboration du jeune sculpteur Richard Guino (1890-1973).

A Cagnes, Renoir n’est pas isolé, il y reçoit ses amis, des artistes, ses marchands ou bien encore ses mécènes. Le collectionneur Maurice Gangnat (1856-1924), les marchands Ambroise Vollard (1866-1939) et Paul Durand-Ruel (1831-1922) et le peintre Albert André (1869-1954) comptent parmi les plus assidus visiteurs tandis que nombre de jeunes artistes viennent rencontrer leur aîné pour qui ils éprouvent respect et admiration. C’est ainsi que se succèdent aux Collettes Maurice Denis (1870-1943), Henri Matisse (1869-1954), Albert Marquet (1875-1947), Pierre Bonnard (1867-1947), Charles Camoin (1879-1965), Amadeo Modgliani (1884-1920)…